Conférence de Mme Grosjean

L'histoire de Hasparren


II semble assez certain qu'un centre de peuplement ait existé à Hasparren à l'époque romaine. On a en effet trouvé, une pierre datant probablement du 1er ou 2e siècle, qui faisait partie d'un autel votif païen, lui-même scellé dans le maître-autel de l'église. C'est en 1665, lors de travaux de réfection de cette église que la découverte fut faite. L'inscription gravée sur cette pierre que l'on peut toujours admirer, scellée sur la façade sud de l'église, a donné lieu à de nombreuses interprétations et polémiques, et les avatars de la pierre elle-même, perdue puis retrouvée, ne manquent pas d'intérêt. Toujours est-il que la présence de cette pierre confirme l'hypothèse selon laquelle une voie romaine secondaire reliait Bayonne à Hasparren, peut-être alors centre administratif et religieux de peuplement et de transit. Cette route avait probablement un tracé analogue a celui de la D.22, la route- des Cimes, dont nous avons parlé.


Eugène Goyenetche, dans son étude consacrée à Bayonne et la région bayonnaise du Xlle au XVe siècle, nous précise également que cette voie romaine fut suivie par les pèlerins se rendant à Compostelle. Ces pèlerins comptaient probablement faire étape à Bonloc où se trouvait une commanderie hôpital dépendant de 1'abbaye de Roncevau. Cet itinéraire secondaire partait de Bayonne par la rue Pannecau, le Petit Bayonne, le long de la butte de Mocoron, St Pierre d'Irube, la route des Cimes, Hasparren, et, en effet Bonloc, Cet itinéraire était également une voie utilisée par les marchands se rendant au royaume de Navarre, lequel commençait aux frontières d1Hasparren.
Eugène Goyenetche donne la copie d'un document datant de 1344, selon lequel Pierre Arnaud, seigneur du château de Sault Neuf, se voyait confirmer par Edouard III d'Angleterre le droit de péage qu'il prélevait sur les voyageurs empruntant cette route.
Et ceci nous intéresse -j'ouvre ici une petite parenthèse-car le château de Sault Neuf dont il est question, Zalduya, -ou du moins ce qu'il en reste, se trouve effectivement perché sur les hauteurs du quartier Celhay, à environ 3km. du centre d'Hasparren et à une dizaine de Bonloc. Zalduya, résidence des vicomtes de Sault. D'après un article paru dans le Bulletin du Musée Basque en 1930, non signé et sans références, mais conforté en partie par les développements de Maité Lafourcade et ses très nombreuses et très précises notes, dans son étude sur les Mariages en Labourd sous l'ancien régime, la famille de Sault, originaire de Chalosse ou du Béarn, serait arrivée à Hasparren en Labourd au Xle ou au Xlle siècle. On retrouve des Sault dans l'entourage et sous la la protection des vicomtes du Labourd.

Le Maire-Abbé gère les affaires


Sous la domination anglaise, Guillaume-Raimond de Sault devint lui-même vicomte du Labourd. Ultérieurement on retrouve un autre Sault bailli de cette province. Puis la seigneurie passa par succession, mariage ou vente à la famille Montréal au XVe siècle, à celle d'Urtubie et de Garro au XVIIe siècle.
Toujours par héritage et par mariage, elle passa enfin à Jean-Baptiste de Saint-Esteben en 1685. Nous retrouverons les Saint-Esteben plus loin. 

Lieu de peuplement depuis des siècles -on a retrouvé des vestiges protohistoriques sur l'Ursuya-, carrefour de routes secondaires, Hasparren à la fin du XVIe siècle, au XVIIe et au XVIIIe, se présente, en premier lieu, comme l'une des communautés traditionnelles parmi les 35 de la province basque du Labourd. Elle est gouvernée par une assemblée des maîtres de maison, laquelle élit tous les ans, au second degré, un maire et quatre jurats et des députés chargés d'administrer la paroisse en son nom et de le représenter au biltzar, 'assemblée provinciale composée des maires des 35 paroisses, présidées par un syndic.

L'assemblée générale de la paroisse se réunit très fréquemment, presque tous les dimanches après la messe, après que le curé l'ait annoncé au prône et que la grosse cloche ait sonné. Cette assemblée donne un mandat impératif à ses élus, que ce soit pour gérer ses affaires ou pour donner des réponses aux propositions du Bilzar.

Ses délibérations sont consignées sur des registres tenus par le greffier de la communauté qui est un notaire, en langue Française.

Ceux d'entre nous qui parlent basque ont constaté qu'au début du XVIIIe siècle, il s'agit véritablement d'une traduction du basque, qui était en réalité utilisé par l'assemblée. Et nous avons pu apprécier les nuances littéralement traduite et la saveur des termes employés. 

Le Maire-Abbé gère les affaires selon le mandat qu'il a spécifiquement reçu. Il encaisse les recettes et paie les dépenses, contracte, au besoin, des emprunts ; souvent garantis sur ses propres biens et ceux des jurats. Il doit organiser les mises à l'encan du monopole de la vente du vin et de la viande, également de l'huile pour l'église. Et aussi celles concernant la location des prairies et des moulins appartenant à la communauté. il faut lever chez l'habitants les impôts qu'ils doivent payer, quote-part des impôts royaux, cotises locales. Organiser ou mettre en adjudication les travaux de voiries, l'entretiens des routes, les travaux de l'Eglise , faire procéder au tirage au sort des soldats de la milice ou encore lever des charpentiers appelés à travailler sur les chantiers navals du Roi à Rochefort, ou des marins convoqués à St Jean de Luz, également pour le service du roi. Il faut noter en passant qu'à chacun de ces hommes, la communauté fournit des vivres de route et une somme d'argent, salaire ou viatique, en plus de ce qu'ils toucheront, espère-t-on, de salaire du Roi. J'ai noté aussi qu'il y a toujours un jurât pour accompagner les marins à St Jean de Luz, ou les miliciens à Bayonne ; est-ce sollicitude à l'égard d'administrés peu expérimentés ou souci d'éviter les désertions dont les officiers municipaux étaient responsables ?

UN MARCHE

La plus grosse dépense à laquelle la communauté doit faire face est évidemment le paiement entre les mains du syndic du Bilzar de la quote-part des impôts royaux qui lui incombe, mais aussi la quote-part des autres dépenses réparties sur les communautés. C'est le syndic qui est personnellement responsable du versement des impôts incombant à la province, y compris sur ses biens personnels : on enverra la troupe chez lui si le paiement tarde trop.

On trouve bien souvent dans les délibérations de la communauté mention d'appels pathétiques du Syndic demandant d'urgence aux paroisses le paiement du solde dont elles sont encore redevables, car il a des garnisaires chez lui. Parmi les dépenses du Maire Abbé, j'ai oublié de mentionner ce qui est de la routine mais toujours en vertu d'un mandat spécifique du général de la paroisse, les frais de déplacements, les honoraires d'avocats, de notaires ou d'hommes envoyés en mission à Bordeaux ou à Paris, pour faire avancer des procès ou appuyer une requête, et aussi le secours aux indigents, la surveillance de la forêt.

A la fin de son année de mandat il rend des comptes, qui sont examinés par des auditeurs nommés à cet effet, et se fait rembourser de ce qu'il a avancé, avec éventuellement un procès à la clé, s'il y a désaccord sur le montant. Procès qui se termine généralement par une transaction.

Signalons au passage que ces fonctions de maire-abbé et de jurats ne pouvaient être refusées. Nous avons deux ou trois exemples de litiges à ce sujet. En général, le magistrat municipal récalcitrant a fini par céder
Une communauté, donc, parmi toutes les communautés du Labourd. Mais qui présente ses spécificités :

  • Un enclavement certain,
  • Un territoire très étendu : 7,700 ha,
  • Un grand nombre d'habitants : environ 5000
  • Un habitat disséminé entre un centre relativement restreint et quatre importants quartiers distants de 2 à 5 km. du centre
  • Une terre ingrate dont la plus grande partie est en landes, bois, pâtures, 

  • Et un MARCHE.

Ce marché fut rétabli par lettres patentes du Roy du 11 février 1656 suivant arrêt du Conseil du même jour. 


Il s'agit d'un marché franc, établi le mardi par quinzaine "pour y être apporté et acheté et échangé toutes sortes de marchandises, et jouiront les marchands qui fréquenteront le dit marché de tous les privilèges, franchises et immunités et exemptions dont jouissent les autres paroisses et lieux dudit Pays de Labourd où il y a de semblables marchés francs" ...
Ce marché, grâce à l'activité, l'entregent, l'envergure d'un certain nombre des marchands d'Hasparren, devenus négociants, sachant à merveille nouer des relations, utiliser les activités artisanales locales contribuant ainsi à leur développement, avec l'implication totale de la très prospère de la paroisse par le truchement des officiers municipaux devint rapidement très prospère.

Hasparren jalousé

Il faut se rendre compte, en effet, que les Haspandars, propriétaires en commun d'une forêt de chênes, de nombreux ruisseaux sur lesquels pouvaient s'établir des moulins, étaient tout naturellement devenus, tanneurs et cordonniers, tisserands de toiles grossières, fabricants de capes dont se vêtait la population rurale, pour suppléer à l'insuffisance de la productivité de leurs terres.

Le marché a pris un grand essor, parce que ces artisans produisaient plus qu'ils ne consommaient, et cet artisanat s'est développé d'autant plus qu'il pouvait écouler ses produits.

Jalousé par les paroisses avoisinantes, le marché devint très vite un important centre d'échanges commerciaux entre la Basse Navarre et donc l'Espagne, la Chalosse et le Béarn, et 1'intérieur du Labourd jusqu'à Bayonne, et même Terre-Neuve et les Iles. Ce marché ne pouvait manquer d'éveiller la concupiscence des fermiers généraux dont les agents, dès 1668, cherchent à percevoir des droits d'entrée et de sortie et à faire tomber la franchise.

Pendant près d'un siècle va se poursuivre une bataille juridique à épisodes et à rebondissements dans laquelle, je le répète, la communauté s'implique totalement : elle donne pouvoir à ses Maires Abbés de lancer la procédure, de faire faire des mémoires, des requêtes, d1 entreprendre des démarches jusqu'à la Cour. L'assemblée générale de la paroisse composée, on le sait des maîtres de maisons, Agriculteurs, Artisans, commerçants, "d'une voix unanime" promet de rembourser leurs dépenses.
Cette bataille se terminera, -et qui s'en étonnera- par la victoire des fermiers généraux concrétisée par un arrêt du conseil du Roi du 02 juin 1773 mettant fin à la franchise concernant les entrées et les sorties du marché.

Grâce aux nombreux documents que nous possédons sur ce marché et aussi à ceux qui se trouvent aux archives municipales de Bayonne et à ceux qui figurent parmi les archives de la Chambre de Commerce, on peut tenter une esquisse de la physionomie d'Hasparren.
Voici tout d'abord la description que donnent de leur paroisse, ses habitants dans les requêtes et mémoires destinées à obtenir du Roi l'établissement ou le maintien d'un marché franc :

Ce pays est ingrat ; la pauvreté et la stérilité des terres n'assurent que le tiers des besoins de subsistances. La communauté ne peut subsister que par son petit commerce au marché et ailleurs, par le commerce avec la Navarre et l'Espagne. On importe des laines avec lesquelles on fabrique des tissus grossiers vendus ensuite à Dax, Bordeaux, Limoges et même à Terre-Neuve. On importe aussi des cuirs et peaux du Béarn et de Chalosse, que l'on tanne et transforme, et du fer des Aldudes et d'Espagne, transformé en outils et en clous, envoyés partout, même dans les Iles.
Population industrieuse donc compense la pauvreté de ses terres en faisant un double métier, laboureur et tisserand, laboureur et forgeron, laboureur et tanneur ou cordonnier, Laboureur ou transporteur, avec un certain nombre de marchands, devenus des négociants, des importateurs, des exportateurs, des notaires, des médecins.

La paroisse est moins fortunée qu'elle n'est étendue

Et voici maintenant la description beaucoup moins aimable en provenance d'une commune voisine, s'opposant dans un mémoire adressé à la Chambre de Commerce de Bayonne, à la demande que formule Hasparren en 1774, donc après la perte de la franchise, de rendre son marché hebdomadaire : "Les commodité y manquent absolument. Il n'y a pas de justice locale, il n'y a ni halle ni place, ni rivière, ni grand route. Avant l'établissement du marché, il n'y avait que des laboureurs, il n'y a aujourd'hui que quelques tanneurs et cordonniers.
A la faveur du marché, Hasparren est devenu un entrepôt de marchandises libres prohibées, ou taxées ailleurs, Hasparren est ainsi devenu le rendez-vous des contrebandiers. Cette grande liberté ne diffère pas d'une extrême licence, les jeux de hasard y ruinent d'honnêtes laboureurs ; ils sont la pépinière des contrebandiers, qui souvent dégénèrent en un caractère plus fort.
Le gouvernement lui-même a dû interposer la force à Hasparren; il y a tenu plusieurs fois garnison pour assurer la paix de la province ... " 

D'où on peut extrapoler : population astucieuse et entreprenante, mais rendue difficile à manier par la présence fréquente d'étrangers à la paroisse, bénéficiant de la franchise qui permet d'apporter et de sortir des marchandises sans payer de droit, de la veille du marché à 2 H. de l'après-midi, jusqu'au lendemain du marché à midi, passant la soirée au cabaret, à boire et à jouer aux cartes. Cette population est farouchement attachée à ses privilèges, mais elle est sensible aux rumeurs, et propte à "entrer en mouvement" si elle sesent menacée.


Nous y reviendrons tout à l'heure, mais pour contrebalancer ces informations subjectives, je voudrais encore citer quelques chiffres :

  • La superficie du Labourd est de 74.000 ha : Hasparren en compte 7.700 : 10 %,

  • Jusqu'à la Révolution, Hasparren paie 85 livres par 1000 livres des impositions et des charges qui pèsent sur la province et qui sont réparties, selon leur capacité, sur les 35 paroisses qui la composent : 8,5 %.

  • La paroisse est moins fortunée qu'elle n'est étendue et peuplée. Cette constatation est confortée par les observations de Maïté Lafourcade faites dans l'étude déjà citée.

Hasparren et les grands de ce monde

Il y a à Hasparren un certain nombre de familles très fortunées, surtout commerçants, négociants mais aussi notaires, médecins. Bien que certains de ceux-ci aient été touchés du virus de l'ascension sociale, il ne semble pas cependant que ces familles aient beaucoup modifié leur train de vie. On s'en rend compte en lisant les inventaires de leurs biens mobiliers effectués lorsque certain de leurs membres furent arrêtés en 1793.

Par contre il y a un grand nombre de familles vivant en autarcie, produisant ce qu'elles consomment et un peu plus, travaillant à la maison, soit à la terre, soit au métier, maniant peu d'argent, payant les impôts locaux en nature et les impôts royaux le moins possible, vivant une vie dure certes mais équilibrée, à condition que de grands malheurs collectifs rie les frappent pas : mauvaises récoltes, épidémies, épizooties, guerres...


Encore quelques chiffres, les derniers :
D'après un recensement du début du XIXe siècle, dont les données sont valables pour le XVIIIe, Hasparren possède 29 moulins à farine, 9 moulins à tan, 1 foulon, 3 tuileries. 

Elle s'enorgueillit d'une glacière : une grotte au flanc de l'Ursuya affermée pour 4 ans, contrat du 03 décembre 1713.

Il y a trois églises, celle que vous connaissez sur la place, reconstruite en 1879-1883. Le retable de l'ancienne église a été en partie conservé et utilisé pour la crypte.

L'Eglise d'Urcuray quartiers d'Hasparren, à environ 5 km. du centre. C'est une charmante église qui date de 1642.

La chapelle d'Elizaberry, datant de 1686 fut édifiée par le curé  de Sare, natif d' Hasparren, Jean Larralde. Cette chapelle et son très beau rétable ont été décrits par Mayi Milhou, dans le n°121 de la revue du Musée Basque. 

Treize prêtres vivaient à Hasparren peu avant la révolution, dont le Curé et son vicaire et le desservant d'Urcuray.


Dans chacun des quatre quartiers, un régent, appointé par la communauté, enseignait à lire, écrire et compter aux garçons. Les benoîtes faisaient l'école aux filles. A Celhay, il y avait une école de filles où on disait la messe. Un pensionnat de jeunes filles, appelé maison de retraite avait été fondé par Melle d'Etcheverry, originaire d'Urrugne en 1738.

L'alphabétisation a légèrement progressé au XVIIIe siècle, mais dans les registres des baptêmes du XVIIe que nous possédons, rares sont les déclarants ou témoins qui savent seulement signer leur nom.

Trois notaires en 1750.


J'arrête de vous infliger cette énumération dont l'importance est pourtant bien significative.
Je vais essayer maintenant de faire vivre cette paroisse devant vous, en vous racontant quelques anecdotes groupées par thèmes.

Hasparren et les grands de ce monde

Je suis prise de mélancolie lorsque je vois M. Hourmat nous décrire dans son Histoire de Bayonne, les fêtes, les représentations théâtrales, les bals, les pamperuques, qui accompagnaient la visite des grands de ce monde, se rendant en Espagne ou arrivant en France, fêtes qui mettent la ville de Bayonne et souvent celle de St Jean de Luz en joie ... Nous, on nous demande d'aller réparer les routes, d'envoyer nos compagnies de milice en armes, de fournir de la paille, du foin et des piquets, et de payer notre quote-part des frais ...

Le passage de la princesse

C'est le cas, par exemple, lors du mariage de Madame Première, fille de Louis XV qui épouse Don Philippe. Après s'être arrêtée à Bayonne qui l'a dûment fêtée et comblée de cadeaux, elle prend la route par Mousserolles, le 10 octobre 1739, pour St Jean Pied de Port. Elle doit probablement faire étape au château de Garro qui existe toujours à Mendionde, et elle emprunte je suppose, la route des Cimes. En fait cette route bifurque à droite, à quatre km. du centre d'Hasparren et serpente au flanc nord de l'Ursuya, sur le territoire de la paroisse, pour descendre sur le château de Garro à Mendionde.

  • Dès septembre 1739, les officiers municipaux sont en alerte : il faut du bois, du charbon, et 900 piquets à porter à Mendionde, pour le passage de la princesse, ordre du syndic.

  • En novembre, ceux qui ont fait des fournitures exigent d'être payés. Ils suggèrent qu'on vende à l'encan le foin et les piquets non utilisés.

  • En décembre, ce sont les bouviers et les voituriers qui réclament leur dû.

  • En juillet 1740, apparemment tous les frais occasionnés par le passage de la princesse n'ont pas encore été remboursés.

  • En août 1740, on indemnise enfin un certain Miguel Heguy, dont le mulet a été blessé lors du passage de la princesse.

  • On reviendra encore une fois sur le passage de la princesse : le 20 juin 1745, le général de la paroisse rejette une proposition du Bilzar : Non, la communauté n'est pas tenue de contribuer encore à travailler au nouveau chemin Bayonne Béhobie; elle a fourni plus de manœuvres et de voitures qu'aucune autre communauté ; elle est distante de plus de trois lieues de ce chemin ; elle a fait, elle-même, un grand chemin il y a environ six ans (1738-1739) sur son territoire, à gros frais et sans secours d'aucune communauté. C'était bien entendu pour le passage de Madame Première qu'elle avait réparé la route dont il s'agit.


Et maintenant c'est le voyage de Madame la Dauphine, l'infante Marie-Thérèse venue épouser le dauphin. On l'accueille à l'île des Conférences, et elle se dirige vers Bayonne où elle arrivera le 24 janvier 1745.

Visite de Napoléon III

  • Hasparren enverra un contingent de la milice. Il faudra les payer en 1746 : à la charge de la province. On a perdu des armes à cette occasion, qui ont été égarées ou volées ; à la charge de la communauté.
  • Mais le trois septembre 1747, la communauté refuse tout net de contribuer aux frais exposés par St Jean de Luz et Ciboure pour le passage de Madame la Dauphine. Ces paroisses ont eu les honneurs, elles n'ont qu'à payer et supporter les frais et les dépenses ...
Descendons d'un cran dans la grandeur des personnages :

On envoie la milice pour honorer la visite de Mme de Gramont en 1770 ; et aussi pour celle de Mgr de Paulmy ministre de la guerre, en 1753.

Le 1er juin 1760, Mgr le Duc àe Gramont fait savoir à la communauté qu'il va prendre les eaux à Cambo et que pendant son séjour il aimerait être fourni de quelques bons moutons. La communauté décide de lui en faire cadeau. Mais des émeutes surviennent à Hasparren et Mgr de Gramont envoie les troupes cantonner dans la paroisse. Les troupes ne partiront que le 12 octobre. Mgr de Gramont paiera ses moutons.


Il y a aussi des fêtes à Hasparren. Les officiers municipaux donnent à dîner à l'évêque. (Il s'en suit une sordide histoire de remboursement des pigeonneaux fournis à cet effet par Melle de Hody). Il reçoit le subdélégué, le Marquis de Caupenne d'Amou, lieutenant du Roi à Bayonne, le baron de Garro, lieutenant colonel de la milice du Labourd.
Il y a des feux de joie, des distributions de vin et de poudre à la milice à l'occasion de la conquête du Comté de Nice, pour fêter la paix en 1748, pour célébrer la naissance du Duc de Berry.


Le plus récent passage d'un prince qu'ait connu Hasparren a bien failli nous échapper complètement. Cela aurait été le cas sans la conscience professionnelle tatillonne d'un percepteur. Je vous emmène d'un saut et pour un instant jusqu'au milieu du XIXe siècle : il s'agit de Napoléon III

  • Pas de mention de cette visite dans les délibérations municipales. Sans doute l'empereur, en promenade dans la région, un jour d'automne 1854, a-t-il fait connaître à la dernière minute son désir de traverser Hasparren et d'y rencontrer son maire.
  • (N.B.I) A l'occasion de cette visite, il lui a remis la somme de 200 francs, de la main à la main, pour les pauvres. Avec cet argent le maire a immédiatement décidé, en accord avec les membres du Bureau de Bienfaisance, de faire faire une distribution de pain aux pauvres de la commune.
  • C'était là court-circuiter les rouages de l'administration ...

Une première lettre adressée au maire par le Receveur, puis une seconde, de janvier et d'août 1855 rappellent que tout don fait pour les pauvres doit être versé entre les mains du Receveur pour être affecté au Bureau de Bienfaisance. Celui-ci ayant décidé de l'utilisation du fonds, le Receveur fait alors un mandat de la somme. Les 200 francs auraient dû et doivent donc être versés entre les mains du Receveur. Pas de réponse du maire. Celui-ci reçoit alors une lettre assez sèche du Sous-préfet, datée d'août 1856, un an après, l'invitant à régulariser l'opération en la faisant figurer au budget supplémentaire du Bureau de Bienfaisance pour l'année en cours.
Tout de même le maire se décide à répondre, et son explication est savoureuse et pleine de bon sens : avec cet argent une distribution publique de pain a été faite à tous les pauvres de la commune. "Par ce moyen je crois avoir entièrement satisfait aux intentions de Sa Majesté. De cette manière les malheureux ont pu jouir de l'intégralité de la somme qui leur était destinée. Que serait-il arrivé sans cela ? C'est que le Percepteur, par ses remises à l'entrée et à la sortie aurait enlevé une partie de ces secours, qui lui auraient profité à lui personnellement, au détriment des pauvres." Le sous-préfet accepte cette explication. Pour une fois Hasparren avait été honoré de la visite d'un souverain, et en avait reçu un bénéfice et non une charge ...


Deux émeutes qui ont agité Hasparren


Mais au XVlIle siècle, les rapports avec le pouvoir n'étaient pas toujours aussi nuancés.
Je ne parlerai pas du combat mené contre les fermiers généraux que j'ai évoqué à propos du marché et qui, dans ce cas, s'est déroulé sur le plan judiciaire, sauf quelques bousculades qu'eut à subir le commis que la ferme avait envoyé à Hasparren.
Ni de la lutte perdue d'avance soutenue à long terme par le Bilzar et par chaque communauté pour échapper au rouleau compresseur centralisateur et unificateur du pouvoir central, pour garder ses privilèges, son siège de justice, son Bilzar.


Je veux vous donner quelques détails sur les deux émeutes qui ont agité Hasparren, en 1760 et en 1784.
Déjà l'Edit sur les Tabacs de 1749 avait-il entraîné une certaine agitation dans les communautés de la côte. A l'intérieur du pays, c'est l'application des droits sur les cuirs et peaux en vertu d'un édit de 1759 qui provoque le mécontentement.
Hasparren se défend d'avoir vraiment participé à l'émeute, jugeant que la responsabilité en revenait aux maladresses des commis de la ferme et à quelques femmes excitées des paroisses voisines.
Néanmoins la paroisse est occupée par quatre régiments de dragons, et c'est à Hasparren qu'est présentée la note de frais. Ceux-ci devraient, comme c'est la coutume, être répartis sur l'ensemble des paroisses. La communauté demande donc le remboursement au syndic qui ne bouge pas.


C'est au travers de la procédure engagée par la communauté contre le syndic, et comme toujours en lisant les requêtes, mémoires, sommations qui se trouvent dans le dossier, que l'on se rend compte de l'atmosphère qui régnait au Bilzar.

L'émeute de 1784

Hasparren était probablement très jalousé, à cause de la prospérité qu'avait apporté son marché, à cause aussi peut-être de la très relative protection que lui apportait son éloignement de Bayonne, de la côte, des agitations, des fonctionnaires royaux -sauf de la Ferme qui était partout.

  • Hasparren par ailleurs n'était jamais prompt à payer sa quote-part d'impôt, le syndic devait souvent, je l'ai dit, supplier les officiers municipaux de s'exécuter pour lui éviter la prison ou la troupe.

  • Toujours est-il que ce n'est qu'en 1765 que la communauté fut remboursée par le syndic du trop versé pour l'entretien des troupes cantonnées à Hasparren pendant quatre mois en 1760, soit 6.080 livres 11 sols.

  • L'émeute de 1784 fut autrement grave dans ses conséquences.

  • Les facteurs détonants furent, en premier, l'activité sans tact ni mesure de M. de Neville, Intendant de Guyenne, bien décidé à mettre la province du Labourd au pas, à la faire rentrer en dépit de ses privilèges dans le moule administratif progressivement mis en place par le pouvoir central, mais aussi 1'introduction de la nouvelle franchise dont toutes les paroisses du Labourd situées entre la Nive et l'Adour se trouvaient exclues, avec des contrôles renforcés des commis de la Ferme au passage de la Nive et à la frontière de la province, et enfin une RUMEUR, d'après laquelle on allait bientôt être soumis à la Gabelle, véritable épouvantail mythique pour tout le pays. Cette rumeur était fausse car le Labourd était exempte de la gabelle comme la plupart des provinces autrefois soumises à la domination anglaise. Mais on n'arrête pas facilement les faux bruits, porteurs d'un inconscient de peur, de misère, de nostalgie d'indépendance et de liberté.

La nouvelle gagne Hasparren. Le 03 octobre 1784, on sonne le tocsin. La population se rassemble, probablement sur la place ; on discute, on boit peut-être, on se monte la tête.


J'emprunte le récit de ces journées à un article de M. Yturbide paru dans la Revue Internationale des Etudes Basques en 1908 (Bibliothèque de Bayonne), et à un rapport non signé émanant probablement d'un fonctionnaire royal, genre renseignements généraux, réfutant un autre rapport des officiers du baillage.


Le 06 octobre, M. de Neville arrive à Hasparren (par la route des Cimes suggère le contexte), avec le Marquis de Caupenne, lieutenant du Roi, 150 grenadiers et cinq brigades de la maréchaussée.
Le tocsin sonne sans arrêt. Le cortège -les troupes sont restées à l'entrée du bourg- s'avance par la rue étroite qui mène à l'église, rue du Dr Lissar actuelle, où se trouve la mairie. Il avance entre deux haies d'hommes armés de leurs bâtons -les fameux bâtons ferrés probablement.
Sur la place, il est confronté à une armée de femmes en furie, retranchées dans le cimetière, vociférant des menaces. Le tocsin sonne toujours, on ne peut s'entendre ni discuter.
M. de Neville et sa suite se réfugient dans une maison avec le curé et quelques notables. On apprend que le maire a été arrêté, de même que quelques haspandars qui s'étaient rendus à Bayonne pour leurs affaires. La tension monte. M. de Neville va-t-il faire donner la troupe ? Heureusement grâce aux représentations du curé, M. de Neville n'en fait rien, et même il se retire.
Mais les troupes restent.
Le châtiment sera dur, l'entretien des troupes, la modification du mode d'administration de la paroisse. Celle-ci sera désormais dirigée par des notables élus, sans assemblée générale de la communauté : c'est l'entrée dans le moule uniforme voulu par l'administration royale. De plus la prochaine municipalité qui prendra ses fonctions début 1785, sera nommée par le Roi et non élue.
Mais, punition la plus dure, le clocher où se trouve cette cloche qui a sonné ce tocsin lancinant, excitant, dont les oreilles de M. de Neville retentissent sans doute encore, sera abattu, aux frais de la communauté. Il ne sera reconstruit qu'en 1827 ; mais entre-temps l'église avait continué à se dégrader, et c'est pourquoi, après divers essais de réparation, on la reconstruisit finalement à la fin du XIXe siècle.

Jeu de paume sur la place

Revenons à des choses plus paisibles de la vie quotidienne, lorsque les jours et les saisons ne sont troublés ou agrémentés que par des événements bien locaux.


Voici la maison commune. Elle était là où nous voyons la mairie actuelle, au bout de la rue du Dr. Lissar, presque sur la place. Nous avons du mal à nous figurer comment elle fonctionnait au XVIIIe siècle. Une foule d'activités s'y concentraient. Il y avait évidemment une salle commune dans laquelle se réunissaient les officiers municipaux, mais aussi bien d'autres choses :
Des caves louées à des habitants, deux étaux de boucherie au rez-de-chaussée ;
Toujours au rez-de-chaussée, une prison qui, paraît-il, n'était pas très fiable. Cette prison existait toujours dans les années 1950, nous a précisé l'un d'entre nous qui dans ses jeunes années, avec des camarades, et avec la permission tacite des gendarmes, en avait fait le point central d'un mystification visant des stagiaires ne connaissant pas le Pays Basque, mais brûlant de se mêler à une opération de contrebande. . . Aux étages, peut-être n'y en avait-t-il qu'un, il y avait encore des appartements que la communauté louait.
Et il semble que l'on y tenait aussi cabaret.

Mais personne apparemment ne se plaignait de cet encombrement, jusqu'à ce que le 20 mai 1795 la municipalité ne s'avise de l'incommodité des lieux, et forme le souhait de s'installer dans le ci-devant presbytère.


Voici maintenant le Jeu de paume. On joue à la paume sur la place publique. On se sert du mur nord aveugle de la maison Magnarena qui se trouve au nord ouest de la place, à côté de la maison commune et le terrain est délimité par des pierres.
Or voici qu'on apprend, et je cite une délibération du 07 juillet 1762, que "les sieurs de Magnarena, dans l'intention de rebâtir une partie de leur maison située sur la place publique, font faire une façade avec une porte au milieu, dirigée vers le nord et donnant sur la place publique, au lieu que de tout temps la façade de leur maison était dirigée vers l'est. Qu'ainsi il est à penser que ce changement soit imaginé de la part des sieurs de Magnarena pour empêcher le public de continuer à jouer à la paume, comme il l'a fait de temps immémorial.

Il ne semble pas cependant que la communauté puisse leur défendre d'user de leur bien comme il leur plaît.Mais un préjudice notable en résulterait au public si le changement de façade avait lieu, par la privation qu'il aurait de l'amusement du jeu de paume.

Il conviendrait donc que la communauté prit quelque résolution là-dessus afin de conserver le droit qu'elle a toujours et de tout temps eu de jouer à la paume contre la maison de Magnarena".

C'est pourquoi la communauté propose que le Maire-Abbé et les jurats notifient aux maîtres de Magnerena que s'ils persistent dans leur dessein, la communauté fera construire un mur est ouest devant cette façade que l'on veut modifier, à la limite de propriété, sur laquelle toute précision est donnée par un acte notarié de 1721.

La semaine suivante, on donne le choix aux sieurs de Magnarena, qui entre-temps ont dû percer leur porte, :"ou vous remettez le mur en état pour qu'on puisse à nouveau jouer à la paume, ou la communauté fait construire devant un mur "propre pour le rabot, et demain on y mettra la main à l'œuvre".
On peut penser que plutôt que d'avoir un mur à 1 ou 2 m. de sa porte, les sieurs Magnarena ont cédé ...

Les choses s'enveniment avec le Curé

Après une bonne partie de paume, quoi de plus naturel que d'aller se rafraîchir à l'auberge ou au cabaret ; on peut aussi y prolonger la soirée en jouant aux cartes. Il semble que les habitants d'Hasparren aient eu un penchant certain pour ces récréations.

  • Plusieurs ordonnances en effet réglementent la fréquentation des cabarets et la pratique des jeux de cartes dans la paroisse. Par exemple, l'ordonnance du Marquis de Caupenne d'Amou, lieutenant du Roi à Bayonne, en date du 20 janvier 1765 : il est dit que les cabaretiers d'Hasparren servent à boire dans leurs maisons pendant les offices, et la nuit à des heures indues. Il y a eu des plaintes. Les cabarets doivent être fermés à 8h. du soir l'hiver et à 9h. l'été, immédiatement après la retraite annoncée par la cloche. Les jeux défendus ne peuvent être tolérés. Les maire-abbé et jurats doivent y tenir la main et faire des visites sur les lieux. Les contrevenants seront condamnés à l'amende ou bien seront conduits à la prison de Bayonne.
  • Et Mgr de Caupenne adresse le surlendemain une lettre personnelle au maire-abbé, le sieur Fagalde, laquelle contient quelques judicieux conseils, comme vous allez le voir :

"L'argent saisi aux joueurs de jeux prohibés appartient pour un tiers au roi, un tiers au saisissant et dénonciateurs, un tiers aux pauvres.
Comme ils sont ordinairement sur leurs gardes, il est difficile de les surprendre jouant. Mais il se trouve des joueurs avertis et de profession et qui souvent corrigent la fortune, ceux qui ne vont aux marchés que pour filouter.
Il n'y a pas de mal à les faire sortir de prison, ne fusse que pour être dans les cabarets à des heures indues.
Il faut toujours que le cabaretier paie l'amende pour les avoir soufferts ; ce sont les règles dans tout le royaume et Hasparren n'en est pas exempté."
Et le Marquis termine sa lettre, par cette formule, "je suis parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur"...

  • La Chasse aux nuisibles fait partie de la routine des saisons : Le 18 décembre 1746 le maire-abbé est chargé de payer le renard tué par M. de Haitze et ses chasseurs, et celui qu'a tué M. Aguerre. Il semble à ce propos que M. Dibasson, sieur d'Aguerre, maison infançonne, cherche à se hausser dans la noblesse, car on découvre, dans le compte-rendu de la délibération du 25 août précédent, qu'il a payé la capitation sur le rôle de la noblesse, alors qu'il est inscrit sur celui de la communauté, ce dont on le tient d'ailleurs quitte.

Le 29 janvier 1747, c'est un loup qui est tué par M. de Haitze. Faut-il lui donner la gratification habituelle ? Les loups causent bien des dégâts mais il y a beaucoup de chasseurs qui réclament des primes. La question est portée aux assemblées des quatre quartiers, il y a aussi les moineaux. Dans le compte-rendu de la délibération du 21 juin 1771, nous lisons, "que vu que les moineaux font un dégât immense dans les blés, les sieurs maire-abbé et jurats paieront à chaque habitant de cette paroisse 6 deniers par moineau qui leur sera présenté, mort ou en vie, moineaux qu'ils auront néanmoins attention à marquer pour éviter de les payer deux fois".


Les bohémiens. Il y a aussi à l'époque, malheureusement des gens qui sont considérés comme nuisibles. La chasse aux bohémiens est féroce :

Le 07 aout 1740, il est décidé par le général de la paroisse, que pour se débarrasser de cette mauvaise engeance, le maire-abbé et les jurats prendront les gens nécessaires pour chasser et faire sortir de la paroisse, ua son du tambour les dits bohémiens et leurs enfants, et leur faisant couper les cheveux de la tête, et amener les hommes pour les envoyer aux galères suivant les ordres royaux. Ceux qui les hébergent paieront chaque fois dix livres d'amende au profit de la paroisse.
En 1748 à nouveau, la communauté autorise le maire-abbé à faire appel aux hommes pour les chasser.


Il existe un malencontreux "trou" dans notre documentation : pour un motif qui nous échappe, les délibérations de la communauté sautent sur la même page du registre, du 29 août 1706 au 20 septembre 1733.

A cette dernière date, la transaction avait été conclue et elle ne soulevait pas de difficulté d'application, donc on n'en parla plus jusqu'en 1766 -sauf pour en faire lever la copie chez Salvador de Hiriart, notaire royal, on 1748.
Je vous parlerai donc brièvement, et parce que c'est distrayant, de la petite guerre qui a sévit entre la communauté et le curé, de 1741 à 1766.


En 1741, 42, 46, le curé, soutenu par son évêque, refuse de faire au prône les annonces d'intérêt local. Or la communauté ne veut pas les faire crier par le batteur de caisse, le tambour, cela coûterait5 sols ...
En 1751 et 52, grave querelle de préséance à propos du pain bénit qui doit être présenté au maire-abbé et jurats avant les prêtres, ce que ne fait pas le clavier de l'église.
Les choses s'enveniment carrément en 1766. La communauté refuse de nouveaux ornements que demande le curé, décide de ne plus se charger de l'entretien de l'église et accuse le curé de garder les dons que lui font des personnes charitables au moment de leur mort.
Et le 31 mars, elle lance sa dernière flèche : "L'assemblée, ayant considéré le temps nécessaire qu'ils perdent en allant à l'église pendant plusieurs jours lors du décès de quelques d'entre eux, en négligeant la culture de leurs terres, a délibéré d'une voix unanime : "'
qu'ils ne feraient célébrer qu'une messe chantée le jour de l'enterrement de celui d'entre eux qui viendrait à décéder, sans aucune offrande, d'autant mieux que le sieur curé retire chaque année en "dixième" et "première", une somme considérable.

Problèmes aussi avec le vicomte de Sault

Au surplus la présente assemblée prie les dits sieurs maire-abbé et jurats de cesser et discontinuer d'aller à l'offrande, promettant de leur part qu'ils cesseront et n'iront plus offrir.
Et le texte se termine sur l'affirmation que la communauté prendra à sa charge les frais de procédure, si le curé poursuit en justice une de ses ouailles qu'il aurait persuadé de faire dire des messes supplémentaire qu'elle aurait ensuite refusé de payer...


Heureusement cette escalade, qui nous semble bien futile, s'arrêtera net par délibération du 07 décembre 1766, après que la Communauté ait reçu une lettre, transcrite sur le registre, du curé Detchegoyen, nouvellement nommé je présume, qui, avec une grande intelligence et une remarquable hauteur de vue appelle la communauté à s'en tenir à la tansaction de 1733, qu'il s'engage lui-même à respecter,


IIme reste à vous parler des rapports de Hasparren avec le Seigneur de Sault.


Il y a eu des seigneurs de Sault à Hasparren, nous l'avons vu, depuis le Xlle siècle. Le premier château qui y fut construit avec l'autorisation du roi d'Angleterre Edouard 1er, en 1275, Sault-Vieux, remplaçait peut-être déjà un château primitif. Il était en contrebas d'un second château, Sault-Neuf construit en 1289. Seul ce dernier a survécu, reconstruit au XVIIe siècle, sur les hauteurs de Celhay, comme je l'ai déjà dit.

Au XVIIe siècle, c'est la communauté qui est devenue propriétaire du Sault-Vieux. On apprend en effet par le compte-rendu d'une délibération du 15 janvier 1764, que la communauté avait acquis en 1623 le moulin de Eyharacharta et la maison des nobles de Sault-Vieux (qui était passée au XVIe siècle à la famille d'Ustubil).

On entend encore parler de Sault-Vieux dans une convention du 20 janvier 1705, entre la communauté propriétaire et le possesseur ou occupant de Sault-Vieux, d'avoir à remettre une poule au maire-abbé et aux jurats chaque 1er janvier, cette convention mettant fin à une contestation entre eux.


En 1685, Jean-Baptiste de Saint-Esteben est devenu par son mariage, seigneur de Sault-Neuf. Bientôt une question de préséance va l'opposer à la communauté.

Une délibération du général de la paroisse du 21 juin 1705, fait état de la prétention du Vicomte de Saint Esteben, exigeant d'être en tête des processions et de recevoir le pain bénit en premier, avant les officiers municipaux.

L'affaire s'envenime, le seigneur de Sault a de plus fait construire une balustre, apposé ses armoiries et il veut faire percer une porte particulière pour gagner son banc. L'assemblée refuse de céder, fait savoir au vicomte qu'il n'a qu'à retirer sa balustre et son banc, et finalement l'assigne en justice, devant le sénéchal de Bayonne. Mais il faut l'autorisation de l'Intendant ...
Et nous en serions restés là, sans savoir la fin de l'histoire, car, comme je vous l'ai déjà dit, notre registre municipal est affligé d'un trou qui va de 1705 à fin 1733 -si je n'avais eu la chance de trouver à la bibliothèque municipale de Bayonne un article publié en 1930 dans la revue Gure Herria, signé Michel Etcheverry.

L'affaire y est présentée sous un tout autre aspect.

II s'agirait plutôt d'une manœuvre de l'ambitieux maire-abbé de l'époque Bernard Saint-Bois, qui aurait échafaudé une astucieuse théorie dont il avait convaincu l'assemblée générale de la paroisse, selon laquelle la communauté, propriétaire de Sault-Vieux, avait des droits de préséance qui prévalaient sur ceux du seigneur de Sault-Neuf.
Le procès fut jugé par le Sénéchal de Bayonne qui fit connaître sa décision le 02 juin 1708. Celle-ci donna raison au Viconte. La communauté était prête à faire appel devant le Parlement de Bordeaux devant lequel Saint-Esteben l'avait déjà assignée.
Mais effrayés de part et d'autre par tous ces frais dans lesquels on s'engageait, on décide de transiger.

Ceci fut fait au cours d'une assemblée générale de la paroisse, à laquelle assistait le vicomte et sa femme (c'était elle l'héritière de la maison), en date du 18 février 1709 : le seigneur de Sault aura le pas tant à l'offrande qu'à la procession, mais il ne sera que le premier parmi tous les habitants. Il gardera son banc et sa porte particulière. Mais on enlèvera les armoiries, l'autel et le retable et généralement tout ce qu'il a fait faire et poser.
De plus, "on dénie au seigneur de Sault de prendre ou de prétendre à la qualité de patron de ladite église et de seigneur de ladite paroisse d'Hasparren, attendu que ladite église n'a aucun patron et que la même paroisse d'Hasparren n'a, ni reconnaît d'autre seigneur que le Roi" ...
Il semble que par la suite, Hasparren et les Saint-Esteben aient vécu en bonne intelligence mais sans beaucoup de contact officiel.


En janvier 1748 et en janvier 1752, il est fait mention de livraison de 30 à 40 charrettes de bois. Est-ce une gracieuseté, une vente? Rien ne l'indique, sauf que le même jour, 02 janvier 1752, on s'apprête à fêter le retour du vicomte à Hasparren : la milice sera en arme pour l'accueillir et chaque milicien aura un quart de livre de poudre pour tirer une salve d'honneur.
Et le 30 du même mois on délibère sur le cadeau à offrir pour le mariage de son fils. Tout ceci témoignant plutôt de bons rapports.
Et nous trouvons encore dans les archives, une lettre du Seigneur de Sault envoyée de Paris, hôtel de Luynes où il réside, datée du 21 janvier 1771, dans laquelle il offre de présenter un placet au Roi concernant la franchise du marché combattue par les fermiers généraux.

Il semble en fait que les vicomtes de Saint-Esteben aient fort peu résidé en leur château de Sault.

Hasparren était la Paroisse la plus considérée du Labourd


Il nous reste maintenant à conclure, avec le regret tout d'abord de n'avoir pas tout dit. De n'avoir rien dit sur la période révolutionnaire ; il est vrai que ce sujet a été traité lors du colloque du Bicentenaire qui s'est tenu à Bayonne. La communication que j'avais présentée au nom de notre équipe va paraître dans le prochain Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts.

Je voudrais seulement rappeler qu'à cette époque troublée, plusieurs commerçants de Bayonne firent des séjours "pour raison de santé" dans le calme que leur offrait alors Hasparren.


Regret de n'avoir rien dit du XIXe et du XXe siècle : la construction de la nouvelle église, l'industrie de la chaussure qui a fait d'Hasparren un véritable centre industriel, le rayonnement religieux suscité par l'activité des missionnaires diocésains, les projets de chemin de fer, la guerre de 14-18 avec ses deux cents morts au champ d'honneur, la guerre de 39-45 avec ses deux cents prisonniers, les poètes, les joueurs de pelote, la mémoire des anciens.


Mais il est vrai que notre propos est de définir Hasparren. Or il est certain qu'au XVIIIe siècle, la physionomie de cette paroisse était déjà déterminée.

Ce n'est manifestement pas un village, bien que la communauté se présente comme telle lorsqu'elle veut éviter l'application de l'Edit de 1769 qui réforme l'administration communale.

Ce n'est pas non plus une ville même si certains notables prennent le titre de bourgeois d'Hasparren. Mais y peut-on quelque chose ? Le chef lieu du baillage n'est pas à Hasparren mais à Ustaritz, plus proche de Bayonne et plus accessible. Et c'est Ustaritz qui sera chef lieu de district à l'époque de la révolution, pour la même raison.

C'est pour cette raison aussi qu'il n'y a pas eu de siège de justice, donc pas d'offices judiciaires, pas de noblesse de robe, seulement quelques notaires. Une seule famille noble et qui réside le plus souvent ailleurs.

L'importance incontestable d'Hasparren, paroisse la plus considérable de l'intérieur du Labourd, tient à sa position frontière, aux activités de ses négociants entreprenants et ambitieux, dont le poids est reconnu à Bayonne comme à Pampelune, avec qui se concerte la Chambre de Commerce, et aussi à son marché et à ses artisans dont les produits s'exportent dans l'intérieur du royaume, en Espagne, à Terre-Neuve, et jusque dans les Iles. Quel nouveau dynamisme va lui dessiner son destin du XXIe siècle?

Mais si l'on considère la réalité des choses, on constate que La Place, c'est à dire le centre proprement dit, où se trouvent ces activités, compte moins de 600 habitants en 1820. 600 sur 5000...
Un très petit centre donc, qui n'a pas la configuration d'une ville, ne comportant ni grande place, ni halle, ni Palais de Justice, ni rivière, ni grand route praticable, tout ce qui caractérise une ville, même petite.
Une petit centre commerçant, entouré de grands quartiers éloignés dont les habitants, très disséminés, se consacrent à des activités rurales et artisanales.

Donc finalement un gros bourg assez particulier, commerçant et rural, entreprenant dans sa volonté de prospérer, pondéré en général dans ses décisions, réticent à l'égard des nouveautés, fier de sa différence et, -cela transparaît dans le dit et le non dit des délibérations municipales-, doté d'un solide bon sens et de beaucoup de finesse.